L'île de Vancouver à vélo

C’était en Août 2012, suite à des inondations et éboulements de terrains je m’étais résigné à ne pas arpenter l’intérieur de l’île par les pistes. A quelques jours de mon retour en France, la raison prenait le dessus sur l’énergie aventurière et je me contentais d’une petite promenade sur l’asphalte.

Cela imposait de long aller-retour par les mêmes routes. Cinq cent kilomètres pour faire Courtenay-Port McNeil-Courtenay et trois cent quarante pour se rendre à Tofino depuis Parksville puis revenir sur cette même ville avant de prendre la direction de Victoria.

Bivouac dans une forêt de Douglas.

Bivouac dans une forêt de Douglas.

La première portion était une contrefaçon de ce que j’avais traversé ces derniers mois dans le grand nord. L’immensité sauvage de l’Alaska et du Yukon m’ayant transcendée, la réplique miniature ne me passionnait que très peu mais ma persévérance fut récompensé à Port McNeil. Je mangeai paisiblement sur une passerelle en bois qui surplombait la mer, les rayons du soleil me plongeant dans un état semi-comateux lorsqu’à la surface de l’eau, de grosses bosses noires à aileron faisaient leurs apparitions. Si j’avais payé pour partir en excursion dans l’unique but de voir les orques, cela m’aurait probablement laissé de marbre, mais dans la spontanéité de l’instant, la magie opéra.

La route de Tofino via le Pacific Rim National Park m’avait été fortement conseilléepour ses spots de surf et par conséquent la beauté de ses plages. Il ne sera pas utile d’attendre le bord de mer pour entrer dans le vif du sujet, après vingt kilomètres seulement, le parc provincial du MacMillan me laisse sans voix. La route se fraye un chemin dans les Douglas, ces sapins géants peuvent atteindre jusqu’à quatre-vingt mètres de haut, les troncs sont énormes et une mousse épaisse recouvre le sol ajoutant la touche finale à cette atmosphère féérique. Tant pis si les touristes y viennent en masse.

S’enchaine ensuite les collines très raides mais offrant de jolies vues sur les nombreux lacs et forêts, puis enfin le plat du bord de mer. L’eau n’a jamais été mon éléments de prédilection surtout lorsqu’il s’agit de s’entasser pour faire bronzette des heures durant mais rassurez-vous, il n’y a rien de tout ça au Canada. Déjà parce qu’il faudrait vraiment rester très longtemps pour avoir une chance de bronzer mais aussi parce que ce n’est pas le style de la maison. L’ambiance est d’avantage au feu de camp sur un fond de guitare assis sur de vieux troncs échoués.

Pacific Rim National Park

Pacific Rim National Park

Les plages s’étendent à perte de vue, les vagues viennent finir leur course dans les rochers qui fleurissent à la surface de l’eau… les promenades pour en explorer les coins et recoins ne manquent pas. Je profite de l’aller-retour à Tofino pour en mémoriser sons et images puis me ré engage dans terres.

J’avais à l’aller repéré un magnifique spot de camping en bord de lac et compte bien y arriver avant la nuit. Je profite du lac et de l’exceptionnelle absence de moustique pour tenter de me laver. L’eau y est glaciale mais j’y entre tant bien que mal. Tout en faisant trempette j’observe les lieux : une plage en pente douce, des arbustes tout autour recouverts de baies, à l’écart de la route et bien sûr ce lac peu profond. « Ça ne sentirait pas l’ours par ici ? ». Pieds nus sur les rochers dans cette eau glacée et en petite tenue, je ne suis pas dans les meilleures dispositions pour recevoir de la visite. Je rejoins la rive, me sèche, me met au chaud et prépare le repas. Je ne compte quoi qu’il en soit plus partir maintenant.

Mon sac de nourriture mis en sécurité dans un arbre, je rejoins la tente pour une petite lecture puis m’endors. La nuit à peine tombée, un gros impact retentit à la surface de l’eau. Je doute que les orques m’aient suivi jusqu’ici ! Je suis sous les arbres et dehors c’est la nuit noire, je préfère ne pas aller voir ce qui se passe. Cela fait trois mois que je dors sur le territoire des ours et je me suis très vite fait une raison, sans quoi il serait inutile de se rendre dans le nord. Je suis fatigué et n’ai pas envie de ruiner ma nuit pour un ours, je me remets en quête de sommeil. Seulement, après quelques dizaines de minutes, rebelote : impact à la surface de l’eau puis un peu plus tard du bruit dans les arbustes. Il commence à pleuvoir et je ne sais plus si la pluie est la cause de ce remue-ménage ou s’il y a véritablement une bête féroce qui rode dans les parages. Ce dont je suis sûr c’est qu’il y en a bien une dans le lac. Les « splash » se poursuivront jusque tard dans la nuit.

Le plaisir est grand quand le soleil se lève enfin. Aujourd’hui est un autre jour, je file récupérer mon sac dans l’arbre et prépare ma mixture à base de flocons d’avoine pour entamer la journée dans les meilleurs conditions malgré une nuit peu réparatrice.

Je commence à ranger le matériel lorsque j’entends une branche se casser dans le bois. Je jette discrètement un œil par la moustiquaire de la tente et sans surprise aperçois un ours noir qui se dirige tout droit sur moi !

Mais je ne voudrais pas que cet article s’éternise et vous propose la suite au prochain épisode…

L’idée de cet article m’est venue il y a quelques jours. Nous étions entre amis lorsque l’un d’entre eux me dit : « Je serais bien parti avec toi mais ça demande du temps et… tu as bien dû baliser dans certains pays ». A quoi j’ai répondu : « Pas d’excuse, on trouve le temps et le courage de faire ce que l’on a envie de faire, ce n’est qu’une question d’envie, rien de plus ». J’ai ensuite tenté de lui expliquer que la peur et le voyage, en l’occurrence à vélo, étaient deux choses incompatibles. Comme ce n’était pas la première fois que cette question était abordée – les gens aiment se faire croire que l’on évolue entre la vie et la mort en permanence en voyage – je me suis dit « Pourquoi ne pas parler de la peur en voyage dans le prochain article et plus généralement du fait que l’on obtient toujours ce que l’on veut (ou presque !) quand on y crois profondément ! ». Finalement, cette première partie introduira la suite tout en présentant l’île de Vancouver.

Du coté de Roberts Creek.

Du coté de Roberts Creek.

Pour l’heure vous pouvez donc retenir que si vous vous rendez un jour sur l’île de Vancouver et décidez comme moi de la jouer petits-bras en restant sur l’asphalte, vous trouverez votre bonheur sur la route de Tofino. Aussi, si vous ne savez pas où camper, à environ soixante kilomètres de la ville – sur votre droite et en descente à l’aller, sur votre gauche et en monté au retour – se trouve un chemin qui s’enfonce dans les bois. C’est au calme, c’est plat, les arbres vous abriteront de la pluie et il y a même un lac pour un brin de toilette !

A bientôt :)

PS : La côte est bien plus agréable coté continent. Des ferries au départ de Horseshoe Bay vous mèneront à Gibsons puis une seconde traversée est nécessaire pour rejoindre Powell River d’où vous pourrez rejoindre l’île de Vancouver au niveau de Comox (le prix du premier billet comprend la seconde traversée puis un deuxième billet est nécessaire pour faire Powell River-Comox, moins de 20 $ Canadien à chaque fois).

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Bertrand

C'est à la suite d'un tour du monde à vélo réalisé entre 2011 et 2012 que ce blog a vu le jour avec pour objectif de mettre à disposition du futur voyageur, au long cours ou en vacances, les informations nécessaires à sa préparation.

6 CommentairesEcrire un commentaire

  • Les ours…
    C’était déjà ma grande crainte lorsque nous faisions des missions en Alaska.
    Je me rapelle un jour, après avoir entendu comme un grondement dans les bois lors d’une promenade en été, prendre la main de celle qui plus tard allait devenir ma femme, et courir á en perdre l’haleine.
    C’eut été futile car ces grosses bêtes ratrappent les élans dans leur course….
    C’est pourquoi, même si ces grands espaces m’attirent énormément, je ne pense pas que j’aurais les guts.
    C’est pourquoi je suis curieux de savoir comment tu as survécu !
    Carl.

  • Ahahah, le bon vieux coup du « to be continued » c’est un classique, mais la narration est si bonne que je me prends au jeu et suis impatient de découvrir la suite !
    Je dois dire que cela tombe a pic, ayant été confronté la nuit dernière à une petite peur de la bête sauvage affamée. Je me rends compte que je ne suis pas du tout près en matière d’organisation pour faire face à ce type de situation.
    Allez, j’essaie de deviner : tu lui as filé ta préparation a l’avoine et vous avez partagez un moment a papoter ?
    Ou
    La méthode du « si je bouge pas il me voit pas »
    Il me semble qu’il ne sert a rien s monter dans un arbre en plus, l’ours étant abile en matière de grimpe !
    Ahah, impatient de te lire.
    À bientôt!

    • Promis, ce n’était pas prévu que je coupe au milieu quand j’ai démarré :). J’ai juste commencé à hésiter sur la catégorie à associer à l’article si j’enchainais sur un « autre » sujet alors j’ai préféré y aller en deux fois.
      A bientôt.

  • Si on me disait que j’allais me retrouver face à un ours demain, j’aurais aussi probablement peur, mais une fois que tu y es, c’est l’instinct de survie qui prend le dessus et tu ne panique pas. Il y a bien sur de la peur, mais pas de panique.
    Normalement il faut se faire grand au maximum, lui parler calmement et reculer doucement sans lui tourner le dos, mais on m’a raconté qu’une personne avait cramé deux bombes anti-ours sans succès et qu’il s’en était tiré en criant de toutes ses forces !
    Moi j’étais coincé dans la tente, je n’ai rien dit ni bougé :)

    • Salut Bill,
      La phrase qui se trouve juste au dessus de la dernière photo contient le lien de « la suite ».
      Je réécrirais cette suite prochainement car elle fait partie de ces articles du début qui ressemblent à une usine à gaz :). Je l’ai déjà raccourci fortement lors de la dernière revue d’articles, mais il faudrait que je prenne le temps de mieux reficeler les idées entre elles !

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