Australie à vélo

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Bon, l’Australie est un vaste pays alors peut être devrais-je commencer par vous expliquer pourquoi je me suis contenté de l’ouest (par ouest j’entends la moitié ouest de l’Australie qui ne se limite pas à l’état « Western Australia »). Il y a deux raisons principales qui se rejoignent, la première c’est que les grandes villes australiennes se trouvent sur la côte-est et que moins je n’ai à traverser de villes mieux je me porte. La seconde c’est que l’âme australienne est principalement recluse dans les déserts depuis que l’occidental s’est invité !

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J’avais donc dans l’intention de passer du temps dans les déserts, mais sans l’ambition de relever de grands défis en m’attaquant aux pistes les plus longues et les plus isolées. Néanmoins je restais ouvert à ce que me proposerait le destin au fil du voyage. C’est-à-dire que si de fil en aiguille j’avais été amené dans les profondeurs du désert j’y serais allé sans rechigner. Mais il n’y eu ni fil ni aiguille et c’est à mon seul instinct que je dû me fier.

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Alors je ne sais pas si mon instinct m’a mené dans les bonnes directions mais n’ayant pas ressenti de resistance interne à l’heure de mettre les voiles j’en ai déduit que oui. Cependant (on va commencer par le négatif !), sur l’ensemble du voyage, certaines portions m’ont clairement laissé le sentiment d’avoir perdu mon temps. La première chose qui marque en Australie, ce sont les distances colossales et le néant qui les occupe. J’avais pourtant connu l’Alaska mais l’Australie joue dans la catégorie du dessus. Ce qui signifie qu’il y a très peu de routes, souvent une, et que lorsque celle-ci  vous ennuie vous n’allez pas vous en tirer en deux à trois jours. Par “ennuie”, il faut comprendre que passer plus de 10 jours seul dans le désert ne me dérange pas, bien au contraire, cependant dès lors qu’il y a de l’asphalte, de la circulation (même faible), des roadtrains et qu’en prime les clôtures à bovins de chaque côté de la route vous contraignent à bivouaquer aux abords de celle-ci, la sensation de liberté que procure le désert n’y ai plus et ça n’a plus grand intérêt. Globalement le contraste fut grand entre mon adoration pour les déserts dans lesquels je me sentais comme à la maison, et mon désintérêt pour le reste qui ne m’inspirait qu’un retour à la maison. Je n’avais pas d’autre attente que de me mettre en jambes sur la première portion le long de la côte sud-ouest, cependant la portion entre Broome et Carnarvon qui avait pour objectif de me mener au Mont Augustus fut interminable et semblait l’être également pour cet allemand qui envisageait de prendre un bus pour vite arriver à Darwin. Très clairement, si le but est de voir la mer ou l’océan, allez en Corse, vous n’aurez pas à faire 1000 km pour vous rendre à la plage et elles y seront plus paradisiaques encore. L’Australie se vit dans les déserts, l’Australie vibre dans les déserts, à mon humble ressenti !

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L’itinéraire idéal se compose donc d’un maximum de désert et d’un minimum de “reste”. Cependant : distances colossales + pistes = grosses journées, peu de repos et épuisement.  J’en suis donc arrivé à la conclusion qu’il valait mieux effectuer un voyage plus court mais uniquement sur piste, une piste alors parmi les plus longues et les plus isolées. Un avis renforcé par le fait que les pistes que j’avais sélectionnées comme étant “accessibles” (sur le papier), le furent beaucoup moins en réalité. Je ne suis pas certain qu’une journée sur la Canning Stock Route avec un fat bike (impraticable sans) soit beaucoup plus dure qu’une journée sur la Great Central Road sur ses portions de sable avec un vélo classique ou encore qu’une journée sur la Tanami dans la boue, toujours avec un vélo classique. Aujourd’hui j’ai pour principe de ne plus me pousser dans mes derniers retranchements sur le vélo, mais si les conditions m’y amènent malgré tout, alors je ne vais pas pinailler sur quelques efforts supplémentaires. Une Canning Stock Route c’est un peu plus de 30 jours de vélo et j’ai passé plus de 30 jours en grande forme. De ce fait si c’était à refaire, j’opterais probablement pour cette option, et je dis cela pour vous qui me lisez et qui allez prendre la relève (!) d’avantage que par regret car l’idée de repartir sur la Canning m’a bien traversé l’esprit mais j’étais trop fatigué pour m’y attaquer en fin de voyage, il m’aurait fallut me pauser à Perth plusieurs semaines, y acheter un fat bike… Ça aurait été compliqué et cela ne m’aurait rien apporté de plus en soi que ce que j’avais expérimenté du désert jusqu’alors. L’idée c’est de ne pas se coltiner les routes et les “money-towns” sans âme (spécialité australienne) qui pour moi étaient quoi qu’il en soit d’ores et déjà derrières. Une autre solution, car la Canning reste un chouia extrême et nécessite un fat bike, serait d’enchaîner la Great Central Road et la Plenty Highway (Outback Way à eux deux) entre Laverton et Winton, ou encore tel que je l’ai fait : Great Central Road, Tanami, puis direction Darwin par la piste (Duncan Road). Le tout en commençant par les pistes du Mont Augustus. Vous avez là quelques idées si l’appel des déserts venait à se manifester.

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Si j’étais né dans ce pays, je pense que j’aurais été continuellement fourré dans les déserts et s’il n’y avait pas 20h de vol pour s’y rendre, je pense que j’y serais retourné régulièrement. Le destin faisant bien les choses, je suis né en France et je n’ai pas le pied aérien, ainsi je suis à l’abri de toute dépendance. Solitaire dans l’âme que je suis, j’ai longtemps eu du mal à avaler le fait de vivre dans un si petit pays et j’ai trouvé en Australie la manifestation de mon imaginaire d’enfant si bien que je n’ai pas eu à m’adapter à ce nouvel environnement, y trouvant mes marques immédiatement. Le sentiment fut celui d’un « retour aux sources » d’avantage que celui de la découverte et c’est reconnaissant envers la vie que j’ai quitté ces immensités sauvages.

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Ce fut dur physiquement c’est certain, mais je retiendrais avant tout ce divin silence lors des bivouacs, ces sublimissimes ciels étoilées, cette douce mélodie du chant des oiseaux au petit matin et ces milliers de kilomètres de nature ou ce qu’il en reste (il parait que les déserts australiens n’étaient jadis que des forêts !). Des choses simplissimes mais qui deviennent un luxe suprême en ce monde compliqué. Même si la tendance dans les déserts est à la similitude et que l’on ne puisse pas se féliciter d’en avoir pris plein la vue, on s’y sent merveilleusement bien et on rechigne à en sortir lorsque vient l’heure du retour à la civilisation, pour peu d’aimer la solitude évidemment.

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Car il y a bien quelques aborigènes qui errent dans les parages mais le contact est difficile. Les grands signes de bienvenus avec lesquels je fus accueilli dans le désert m’avaient pourtant mis en confiance, mais le temps passant et la porte ne s’ouvrant pas, j’ai dû me rendre à l’évidence que cela relèverait du miracle si j’y faisais une rencontre digne de ce nom. Ce fut donc rappé pour la soirée autour du feu à parler du temps du rêve ! Un temps qui semble bien loin lorsqu’on les voit cigarette au bec, soda à la main pour ce qui est du plus soft. Je crois qu’en la rencontre avec l’énergie des lieux était là l’essentiel.

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Loin de l’agitation et des divertissements le désert invite à l’aventure intérieure et vous l’avez compris, le voyage se justifie pour moi par ce seul aspect. Néanmoins, je fus forcé d’admettre que contraint de fournir un effort conséquent pour avancer en ces terrains difficiles, le mental devenait omniprésent et la fatigue faisant, les conditions n’étaient pas propices à la transcendance bien que je fis de mon mieux, par la méditation quotidienne, pour ne pas perdre le fil. Je compris qu’il y avait un temps pour l’action et un temps pour l’élévation. Tel le végétale qui croît en silence après avoir été semé en terre, le voyage nous ancre à la terre et le retour, en l’absence de perturbations mentales, nous mène au ciel ! C’est pourquoi je n’ai pas pris ma plume immédiatement après être rentré, laissant la vie faire son oeuvre.

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Alors cet article ne sera pas l’occasion de vous annoncer un prochain voyage bien que la porte soit toujours ouverte à cette éventualité. Vous savez maintenant que ma conception du voyage ne se limite pas au simple fait de se déplacer matériellement à la surface du globe et la perception du monde qui a découlé du cheminement spirituel qui est le miens dépasse largement ce que mes cinq sens pourraient en percevoir en 10, 100 ou 1000 tours du monde, de ce fait je n’ai plus cette pulsion de découverte, l’essentiel fut touché, l’illusion est tombée (suffisamment) et cet essentiel est exactement le même partout. Ceci dit, il n’en reste pas moins que cette vie sur la route, au grand air, m’est confortable, intuitive et naturelle, c’est pourquoi il n’est pas exclu que je me remette en selle, y compris à court terme. Le destin en décidera…

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Dans l’immédiat, je passe le relais ;).

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Bertrand

C'est à la suite d'un tour du monde à vélo réalisé entre 2011 et 2012 que ce blog a vu le jour avec pour objectif de mettre à disposition du futur voyageur, au long cours ou en vacances, les informations nécessaires à sa préparation.

9 CommentairesEcrire un commentaire

  • Toujours aussi passionnant à lire
    Bravo !!!
    Et pour la suite : LE mot Du bonheur “merde” si je puis me permette :-)

  • Bonjour Bertrand,
    Toujours un réel plaisir à te lire, tu transcrit à merveilles les sentiments que nous éprouvons sans toutefois pouvoir les coucher sur le papier.
    Je te rejoins pleinement quand à s’éloigner des villes lors de nos périples hélas souvent un passage obligé.
    Ne lache pas le relais en tout cas pas dans l’immédiat, Tu est notre lien ….
    Grand merci pour la ballade.
    Amicalement Marcel

    • Bonjour Marcel,
      Merci pour ton message.
      Les articles sur l’australie sont terminés, peut-être qu’une vidéo suivra mais ce n’est pas encore certain. Quoi qu’il en soit d’autres articles seront publiés, si l’on ne voyage pas matériellement on voyagera spirituellement et ont continuera à parler voyage à vélo mais d’une nouvelle manière, je m’y prépare ;).
      A bientôt.

  • Ta réflexion sur le désert et l’Australie est intéressante et originale mais faut-il aller si loin pour trouver ce qui peut être si près
    Perso, je me rends compte qu’en France, petit pays, le randonneur ne se sent pas à l’étroit… Et que des merveilles insoupçonnées y existent

    • Besoin non, le seul endroit où il y a besoin d’aller pour trouver ce qui est, c’est en soi
      Le reste est une histoire d’intuition et de réaliser ce pour quoi nous sommes venu sur terre, et nous ne sommes évidemment pas tous là pour parcourir le monde, encore moins les déserts, sans quoi ils ne seraient plus désert :).

  • merci pour ce compte rendu de voyage en Australie.
    J’ai lu les posts précédents au fur et à mesure qu’ils sortaient, ca m’a permis voyager derrière mon écran !
    D’habitude je préfère voyager “en direct”, mais lire ces lignes était très agréables à lire! Encore merci, et bonne chance pour la suite.

    Jessy.

    • Merci pour ton message.
      Ces articles se voulaient avant tout pratiques mais je suis heureux d’apprendre qu’ils étaient malgré tout agréables à lire :).
      A bientôt.

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