Cambodge à vélo

Pour qui aime l’aventure et les voyages engagés le Cambodge ne manque pas d’atouts. De nombreuses pistes permettent de traverser le pays loin des sentiers battus.

En route…

Siem Reap

Je franchi la frontière cambodgienne le 31 janvier 2012 par le post frontière de Poipet. Les différents services sont éparpillés, les rabatteurs s’agitent pour diriger les touristes vers les agences privés, les locaux font passer des montagnes de marchandises, c’est animé d’un joyeux bordel !

Je me dirige vers le service officiel des visas et me fait remettre le sésame quelques minutes plus tard contre la modique somme de 40$.

Avant de prendre la route je me rend au distributeur automatique retirer l’argent nécessaire à la traversée du pays. La monnaie officiel est le Riel mais ce sont des dollars américains qui me sont remis.  Les deux devises sont utilisés.

Au point avec ces quelques formalités, je prends la route et arrive à Siem Reap le lendemain. Au programme, la visite des très attendu temples d’Angkor. Le site est spectaculaire mais transformé en usine à touristes. L’âme n’y est plus, j’en repars quelque peu déçu. La ville quant a elle est des plus agréables, typiquement le genre d’endroit dans lequel j’aime me poser entre deux étapes : animée, authentique et à taille humaine. J’aime particulièrement me promener le long de la rivière en journée, y observer les pêcheurs au filet et parcourir les marchés de nuit le soir venu. L’ambiance y est très photogénique.

Le Cambodge à vélo par les pistes

Pêcheur dans la rivière à Siem Reap.

Plein Est par les pistes

Un rapide coup d’œil sur internet la veille du départ m’apprend l’existence de pistes réputées très difficiles à l’Est de la ville. Je n’hésite pas une seconde, achète de quoi tenir quatre jours et prend la route.

Quinze kilomètres plus loin me voilà dans la crassette, avec déjà quelques portions sable qui m’obligent de temps à autre à descendre du vélo. Rapidement je suis couvert de poussière et tout aussi rapidement je me perds. Je comprends vite que ce n’est pas sur ma carte qu’il faudra compter.

Le Cambodge est au quatrième rang mondial des victimes duent aux mines et je crois comprendre d’après les panneaux que la région dans laquelle je me trouve  est particulièrement touché. C’est à tâtons que je quitte la piste le premier soir pour aller poser ma tente à quelques mètres de celle-ci.

Le lendemain j’entre réellement dans le vif du sujet. Entre Khvav et Taa Seeng Kandaal, la piste a totalement disparu et c’est sur un chemin défoncé au milieu des bois que je continu mon avancé. Énormément de sable, de cailloux et racines. Pas moins de 4h me sont nécessaire pour parcourir ces 40 km. 4 h durant lesquelles je n’ai rencontré que 3 maisons totalement isolées.

Puis je retrouve la piste, déserte, sur une vingtaine de kilomètres avant que les petits villages ne se succèdent à nouveau, ainsi que les « hello » et sourires des enfants qui jouent sur le bord de la route et dans les rivières. Malgré l’extrême pauvreté du Cambodge, les sourires sur le visage des gens et les éclats de rires qui résonnent dans les jardins laissent d’avantage transparaitre la joie de vivre que la misère.

C’est quelques kilomètre avant Kampong Thum que je fais mon retour sur la national. Brève transition avant de retrouver le plaisir de la piste à Rokaa.

Le Cambodge à vélo par les pistes

Une piste plutôt roulante.

Ça se corse…

Le décor a radicalement changé, je suis à présent dans le désert luttant contre le sable. La prairie s’étale à perte de vue. De temps à autre une oasis entourée de quelques cocotiers apparaît. Repère des vaches qui viennent se désaltérer. C’est magnifique. Puis la broussaille fait son apparition et le sol desséché me secoue comme un prunier. Soudain, plus rien, je suis bloqué par une rivière. Un jeune apparait, nous chargerons le vélo dans une barque et traversons.

Plus j’avance, plus c’est isolé et plus c’est difficile. Les chemins se multiplient, certains sont inondés et m’empêche de passer, le tout sous une chaleur de plomb qui avoisine les 50°C. C’est perdu que je m’arrête pour la nuit.

Je repars le lendemain de bonne heure, impatient de me sortir de là. Le chemin est plus que jamais défoncé, tous les 100 m je dois traverser un bourbier qui me bloque les roues et suis maintenant quasiment certain d’être sur la mauvaise route. Je n’avance pas, je suis plein de boue et je serais bientôt à court d’eau potable. Je me suis élancé hier sur cette piste sans certitude de pouvoir traverser la rivière qui me permettrait ensuite de me rendre à Phnom Penh, en me disant : « le cas échéant je ferais demi-tour ». A présent je connais la difficulté de ce que je viens de parcourir et il est hors de question que je rebrousse chemin.

Deux heures plus tard j’arrive  dans un village d’une quinzaine de maisons, et arrête une moto qui arrive en sens inverse. C’est bon signe car jusqu’à présent c’était impraticable en moto. J’essaye de savoir quel village se trouve dans quel direction et à combien de kilomètres, mais la communication est difficile. Puis l’inespéré arriva, une jeune du village se présente en parlant Anglais. Apparemment Kampong Chhnang leur est inconnu, je décide de ne pas prendre de risque et rejoint la national qui se trouve 15 Km à l’Est. J’aime quand les évènements prennent une tournure imprévue et que les choses se compliquent, mais cette fois ci, sans eau, par 50°C et à une vitesse de 10 Km/h, je m’avoue vaincu.

Le Cambodge à vélo par les pistes

Le désert cambodgien !

Phnom Penh

Après ces trois jours et demi riches en émotion, retrouver la national ne m’enchante pas tellement. Les kilomètres y sont d’autant plus ennuyeux que les moments passés dans la nature furent intenses.

De plus, la ville de Phnom Penh n’est pas d’un grand intérêt, je m’en serais bien passé pour repartir sur les pistes mais le visa vietnamien m’y attend.

Le Cambodge à vélo par les pistes

Aux temples d’Angkor

L’effort et la sueur sont les prix à payer pour accéder à la liberté que procure ces journées seul, perdu dans la nature. Mais l’effort en vaut la chandelle. Le Cambodge restera parmi mes plus beaux souvenirs de voyage.

  • Itinéraire piste 1 : Traach – Koul Thmei – Khvav – Taa Seeng Kandaal – Saa Kream – Ni Peechr
  • Itinéraire piste 2 : Rokaa – Tnaot Chum.
  • J’avais prévu de faire pour la piste 2 : Rokaa – Kangkaeb – Pou – Andoung Ronuk – ferry pour Kampong Chhnang. Si vous lisez ses lignes et êtes parvenu à réaliser ce dernier itinéraire, n’hésitez pas à vous manifester !

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Bertrand

C'est à la suite d'un tour du monde à vélo réalisé entre 2011 et 2012 que ce blog a vu le jour avec pour objectif de mettre à disposition du futur voyageur, au long cours ou en vacances, les informations nécessaires à sa préparation.

16 CommentairesEcrire un commentaire

  • Bonjour,
    Oui j’imagine que le cambodge a velo ca doit etre quelque chose!
    Moi d’ailleurs je pars demain pour Phnom Penh puis siem reap puis l’est vers Banlung et la Foret de Virachey.
    Bon bien entendu ce sera plus conventionnel comme voyage!
    Néanmoins l’idée de partir un jour a vélo prend une place de plus en plus importante dans mon esprit et comme J’ai réussi a (enfin) convaincre les réticences de ma compagne en lui montrant le lien sur la Carretera Austral qui figure sur ton site… Je suis en bonne voie pour passer du rêve a la réalité!
    Merci beaucoup pour ton site!

  • Bonjour Bertrand,
    merci pour ce blog et les infos que tu partages,
    tout me sera utile, je prépare un mois en VTT au Cambodge l’année prochaine )))
    Cdt,
    Didier

  • Bonjour

    Je pratique aussi un peu le voyage à velo avec notamment quelques itinéraires en Inde et madagascar.
    Je pars en avril passer que 3 semaines au Cambodge (boulot obligé) et vu les tarifs pour mettre le mien dans la soute j ai décidé de l acheter sur place.
    As tu pu te renseigner un peu sur les prix ?
    Sachant que je voudrais mettre une centaine de dollars sur une monture d occasion.
    Vélo simple et robuste même vélo chinois.

    Ensuite as tu pu te faire loger dans les villages facilement et trouver de la nourriture aussi?
    Par exemple à madagascar j allais voir le chef du village (le maire) et la plupart du temps il me trouvait un petit bungalow contre quelques ariary la monnaie locale
    Qu en est il au Cambodge ?

    • Bonjour,
      Il est tout a fait possible de trouver des vélos a phnom penh. Giant, specialized ainsi que Scott ont plusieurs boutiques.
      Les prix sont les mêmes qu’en europe. Tu peux negocier avec le vendeur de lui revendre le velo apres ton voyage, par exemple 25 % en moins du prix. J’ai un ami qui l’a fait. Ou alors tu demandes le marché ORUSSEY et tu demandes les deux rues ou on vend des velos d occasion. Tu auras un assez large choix entre des vélos VTT , VTC OU velos de ville. Les marques sont plutôt japonaises. Les prix pour un velo de ville qui roule bien sera vers les 70 usd.
      Pour les enseignes cités plus haut tape sur google et tu auras les adresses si tu veux un velo neuf, sachant que c est principalement des Vtt et rarement des vtc, pas de velos de voyage, même pas de trekking. Il y a rous les accessoires dont tu auras besoin. Giant est q coté du monument de l independance, specialized est rue 63 , scott est à Orussey, et merida est sur le boulevard mao tse tong.
      Voilà pour les vélos a PP. Bon voyage.

    • Bonjour Marc,
      Je ne me suis pas renseigné mais je crois savoir que ça tourne entre 100 et 200$ pour quelque chose de “roulable”. Si mes souvenirs sont bons j’avais roulé avec un allemand qui avait acheté son vélo 50$ en Malaisie, à ce prix là c’était plus que limite par contre, c’était un vélo type ville, pour femme, trop petit, trop mou, avec du jeu dans le pédalier… Je n’ai pas même vu un magasin de vélo à Phnom Penh d’ailleurs donc mieux vaut faire un tour du net avant.
      Pour le logement je campais donc je n’ai pas eu de soucis. Je n’ai pas pour habitude de demander car j’aime être tranquille le soir, surtout dans le sud-est où l’on croise du monde toute la journée mais ceux qui demandent trouvent en principe de quoi s’installer dans un coin ou dans une école, ce qui nécessite tout de même une tente ou moustiquaire. Sinon pour quelques euros il y a la solution guest house tous les soirs, certains voyagent comme ça dans le sud-est mais là encore je ne suis pas le plus au point sur la question car je préfère camper.
      Pour le ravitaillement ça ne sera pas un problème, il n’y a pas même besoin d’avoir un repas d’avance avec soi, à moins de s’aventurer sur les pistes et là je m’arrangerais pour avoir de quoi tenir le temps de la piste au moins car les points de ravitaillement sont plus rares et moins bien fournis

  • bonjour Bertrand,
    ton périple me motive un peu plus !
    Je pratique le VTT régulièrement dans les Alpes du Sud et j’envisage de partir au Cambodge en Novembre 2016 et me véhiculer à vélo uniquement.
    J’ai 50 ans, je suis une femme et je serai seule…
    Cela te semble possible ?
    Les cartes routières du Cambodge vendues en Europe suffisent-elles ?
    Je veux éviter les axes principaux mais je ne veux pas galérer non plus !
    Je pense louer un bon vélo durant un mois (point positif ma soeur vit au Cambodge et du coup elle peut me dégoter quelque chose de bien !) et dormir dans les guest house.
    Quels conseils peux-tu me donner sur le matériel à apporter (kit de réparation par exemple)

    Merci pour toutes les infos que tu pourras me donner.
    Bon vent à toi
    Noëlle

    • Bonjour Noëlle,
      Merci pour ton message.
      Possible oui, c’est le tout d’être prêt psychologiquement pour faire face à se genre d’épreuve : seul dans la “jungle”, sur de petites pistes mal indiquées que les cartes peines à reproduire avec exactitude, la chaleur…
      Mais possible c’est possible, le truc c’est que l’on a tous une limite à partir de laquelle on considère que l’on galère, dans une certaine mesure la galère peut être enthousiasmante, mais il y a un point à partir duquel on estime que le jeu n’en vaut plus la chandelle et ça c’est variable d’une personne à l’autre ou même d’un âge à l’autre.
      Est-ce que les cartes suffisent ? Oui dans dans le sens où j’y suis parvenu, mais il ne faut pas s’attendre à de la haute précision, sur celle que j’avais tout n’était pas exacte en tous les cas.
      Pour le matos je te renvoi à cet article (à adapter bien sûr car j’avais là de quoi tenir de -10 à 50°C sur un an) : https://www.lebraquetdelaliberte.com/liste-type-pour-un-tour-du-monde-a-velo
      Le plus important c’est un mini-outil avec les clés principales et un dérive chaîne, une chambre à air, des rustines, des démontes pneus, une pompe, une attache rapide de chaîne en cas de casse, si possible des rayons et une clé à rayon (peut être sur le mini outils) et éventuellement câble de frein et vitesse. Voilà, en principe c’est le tout de pouvoir réparer une crevaison quoi. Le reste c’est peut probable.
      Bonne route.

    • Bonjour Noëlle,
      Les cartes c’est utile mais je te conseille de telecharger l application MAPS ME, elle est géniale, telecharge la carte du cambodge avant, comme ça tu l’auras en hors connexion. Je te conseille d acheter une puce de telephone CELLCARD à 5 usd et d activer l option xg 4.5 usd, comme ça tu auras internet tout le temps et tu pourras appeler en cas d interrogation ou de soucis. Les guest houses sont pas chère et sures.
      Le fait que tu sois une femme seule ne poseras a priori pas de problème, le tout est de savoir partir quand la situation ne t inspire pas confiance. Ma femme n’a jamais eu de soucis de ce genre en un an. Mais il faut rester prudente. Pour le choix des vélos et les magasins, tu pourras lire mon commentaire sur comment acheter un vélo a PP.
      très bon voyage !

  • Hello,

    Les cartes en papier c’est la vieille école :-)

    J’utilise MOBAC pour télécharger sur un ordinateur les cartes satellites de la région où je m’aventure avec plusieurs niveaux de zoom (à un niveau de zoom plus bas je télécharge aussi la carte de niveau pour mieux me rendre compte du relief)

    Ensuite je transfère tout ça sur mon smartphone (Android) pour les utiliser avec OruxMaps.

    (Il y a d’autres solutions équivalentes, mais j’ai adopté celle-ci qui est gratuite)

    En téléchargeant les cartes aux préalable tu vois où tu es grace à ton GPS même sans réseau téléphonique ni abonnement internet.

    Tu aperçois avant de t’y aventurer (à de rares obstacles/inondations près) si les pistes ou les chemins agricoles improbables que tu croises (et qui ne figurent sur aucune carte en papier) mènent quelque part ou sont sans issue.

    Oui bon ne pas savoir où on va ça a aussi son charme… mais jusqu’à un certain point.

    Tu peux enregistrer ton trajet et marquer des emplacements.

    Pour de grands trajets il faut juste prévoir un chargeur solaire ou une batterie externe pour ne pas tomber en rade avant la prochaine une prise électrique (et une carte en papier au cas ou tout ça tombe en rade…)

    Bonne route :-)

    • Salut Riky,

      Mon prochain voyage aura raison du papier, trop de cartes auraient été nécessaires et je serai à cheval sur le poids, donc j’ai opté pour une application qui couvre tout le territoire australien, Hema Maps, non gratuite, mais moins cher que X cartes. On verra à l’usage ce que ça donne.

      Merci pour le plan MOBAC en tout cas.

      Bonne route.

  • Salut Bertrand ! Super de te lire! Je suis actuellement en vélo au Vietnam et pense passer par le Cambodge un peu par le même parcours que toi. Niveau camping sauvage, est-ce que tu penses que le risque de mines étaient vraiment élevé sur les pistes que tu as prises ou c’était des pistes assez pratiquées par des villageois de la region en général pour qu’il y ait peu de chances ? Tu devais vraiment faire attention en permanence sur la piste? Aurais tu des conseils?Ca me parait fou de poser ces questions, je sais que le risque est existant mais est-il vraiment si élevé que ça ? La route que tu décris a l’air magnifique, après deux moi en chine , quelques semaines au Vietnam j’ai hâte de trouver des routes plus tranquilles. J’avais fais le Cambodge il y a quelque temps mais comme tu dis ce cote usine a touriste ne m’encourage pas pour le faire..mais ton article me donne bien envie !!

    • Salut Homère,

      Sur les pistes il n’y a aucun soucis et en dehors des pistes les zones à mines sont indiquées et impénétrables. Maintenant il n’est peut être pas indispensable de partir trop loin en hors piste pour camper car on ne sait jamais mais statistiquement il y a à mon avis très peu de chance de finir sur une mine ;).

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