Voyage en Transmandchourien

Il y a sur ce blog au moins autant de routards que de voyageurs à vélo, alors aujourd’hui nous allons faire une petite entrave à la règle ! J’ai invité Anthony à vous présenter son voyage dans le transmandchourien. De Paris à Pékin via Moscou et le lac Baïkal en un mois.

Anthony c’est celui qui vient  à mon secours quand le blog déraille, c’est celui qui monte les petits bouts de vidéos pourries que je ramène de voyage pour en faire quelque chose de consommable et donc aujourd’hui, pour vous, il sort de l’ombre :).

Transmandchourien

Sur l’île d’Olkhon

Salut l’ami, qu’est ce qui a motivé cette traversée du monde en accéléré ?

Salut tout le monde. La Chine est pour moi un pays mythique d’Asie et je voulais y aller depuis un moment. Petit j’ai toujours aimé jouer avec des trains et le prendre pour aller travailler est un plaisir. Les deux idées se sont naturellement fusionnées pour donner une traversée en train jusqu’à la capitale chinoise.

En vérité j’y pensais depuis un moment, et le moment s’est présenté : pas de travail, pas de poursuite d’études, j’avais le temps et l’argent.

Pour information et pour en finir tout de suite avec les chiffres, quel est le budget train ?

J’ai commencé le voyage en France, j’ai donc acheté un billet Paris–Moscou (train N°453) qui a couté 280€. Le trajet Moscou-Irkoutsk-Pékin (train N°20) m’a couter 710€ en passant par une agence. En arrondissant on arrive à 1000€ de budget train. A titre de comparaison, le vol retour Pékin-Paris a coûté seulement 450€.

Un seul billet suffit ou tu es obligé de réserver un nouveau voyage après chaque escale ?

Comme je savais exactement le temps que je resterais dans la région d’Irkoutsk (ma seule escale), j’ai pu réserver le trajet Moscou-Irkoutsk-Pékin en une seule fois. C’est donc un billet qui est divisé en plusieurs parties.

Attention, je suis passé par une agence, ce qui coute plus cher que d’aller au guichet, mais je ne conseil pas cette seconde possibilité, à moins de ne pas avoir de dates précises, car les caissières en gare ne parlent que le russe.

Justement, est-ce que tu as rencontré des difficultés pour communiquer ou te repérer ?

En Russie rien n’est traduit. Quand je dis rien, c’est rien du tout. Surtout que j’ai eu l’impression que si on ne parle pas la langue, on est le dernier des idiots. Il n’y a rien de plus évident pour un européen que de parler le russe franchement. C’est logique !

Plus sérieusement, en Chine j’ai trouvé que le fait d’être étranger amuse les chinois et ils étaient contents de parler un peu anglais. C’est plutôt de l’agacement que j’ai ressenti en Russie.

Pour me repérer je n’ai eu des problèmes que dans le métro à Moscou. C’est bruyant, les schémas sont imprécis, et encore une fois rien n’est traduit. Difficile aussi de comprendre « la logique » du métro Moscovite, car sur une même voie, plusieurs lignes circulent.

Mais les jeunes parlent plus ou moins anglais et étaient d’une bonne aide.

Transmandchourien

Sur les rails… direction Irkoutsk

J’ai passé 20h dans un train en Chine, j’avais là l’impression d’avoir réalisé L’exploit du voyage. Ce n’est pas trop long d’y passer des journées et nuits entières ?

J’ai choisi d’être en seconde classe dans tous les trains. Le train Paris-Moscou n’était pas très confortable. Le compartiment est très petit (peut-être 2m²) et trois couchettes y sont superposées. J’ai eu celle du dessus, soit la moins confortable.

Ce trajet dure 2 jours seulement mais je l’ai trouvé très long. Très peu de contacts échangés, peu d’espace, et l’impression de ne pas être encore partie m’ont fait douter.

Heureusement, c’était tout autre chose dans le Transmandchourien…

Pour rappel, ce train fait une fois par semaine le trajet Moscou – Pékin en contournant la Mongolie. Il est plus récent que l’habituel Transmongolien emprunté par la plupart des voyageurs. Il dispose de tout le confort nécessaire : le compartiment est deux fois plus grand que dans le précèdent train pour 1 lit de plus. Il y a l’air conditionné, une lampe individuelle pour la lecture, la literie est fournie, l’eau chaude est à volonté, il y a deux prises électriques par wagon et même la télévision.

J’ai eu la chance d’être avec une seule personne durant le trajet jusqu’à Irkoutsk. On ne manquait donc pas d’espace et avec Alexandre, mon collègue de chambré Russe, on a passé en revue tous les épisodes de « SPACE, Beyond and Above ». Des épisodes déprimants doublés d’une seule et unique voie Russe dénuée d’émotion et masculine, pour les hommes comme pour les femmes !

J’ai aussi lu ton livre Bertrand ainsi que « Le canapé rouge » de Michèle Lesbre. Ça se passe en partie dans le Transmongolien jusqu’à Irkoutsk. Je reconnaissais beaucoup de choses qui étaient écrites.

Entre ces moments de distraction, les repas, les arrêts du train, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer, le temps est passé à une vitesse folle.

Content de t’avoir accompagné dans ton périple !

Parle-nous de tes arrêts justement, qu’est ce qui t’as marqué dans cette belle Russie ? J’imagine que l’arrivé au lac Baïkal est un moment fort en émotion.

Les paysages vus du train sont monotones, la Russie est un pays très vaste constitué de plaines, forêts, et de quelques villages fait de maisons en bois. Ce qui m’a beaucoup étonné par contre, c’est de voir des gens à pied au milieu de nulle part, sans âmes qui vivent à des kilomètres à la ronde !

Je suis arrivé à Irkoutsk très tôt le matin, excité de rester une semaine dans cette région. Irkoutsk ne m’a pas laissé une forte impression. Pour moi la ville a très peu d’intérêt et je ne lui ai trouvé aucun charme.

Le lendemain, je partais déjà en minibus pour l’île d’Olkhon sur le lac Baïkal qui fut pour moi le meilleur moment du voyage : paysage impressionnant, climat agréable, auberge au top avec des repas bio fait maison délicieux. J’ai aussi eu la chance de partager de bons moments avec une famille Russe, de rencontrer des gens de tout horizon à l’auberge car l’île attire de nombreux touristes. Tout était réuni pour s’y sentir bien.

Le Lac Baïkal depuis I'île d'Olkhon

Le Lac Baïkal depuis I’île d’Olkhon

Les Russes n’ont pas la réputation d’être d’une grande tendresse ! C’est une carapace où c’est une réalité ?

Ceux que j’ai rencontrés en tout cas étaient très chaleureux et très partageurs (notamment au niveau de la nourriture). Beaucoup de Russes ne sourient jamais à des inconnus. Même entre eux, c’est rare de les voir sourire, mais c’est exactement comme dans ton livre lorsque tu fais une description de l’Iranien qui t’a hébergé une nuit. Ils paraissent durs mais ils donnent, sans chipoter.

Qu’en est-il du tourisme, il y a foule ou c’est calme ?

A Moscou et Pékin il y a peu de touristes. Là où j’en ai vu beaucoup c’était sur l’île d’Olkhon. L’auberge où j’étais comptait au moins 1/3 de français.

A Khoujir, qui est la ville principale de l’île, les choses changent à cause du tourisme. Une discothèque a ouvert récemment, les gens boivent énormément et il y a des débordements. De nombreux hôtels sont en construction, ce qui agrandi la ville et réduit l’espace naturel. Des déchets s’accumulent sur les plages et dans les bois. Je crains que dans quelques années cette île sera bien différente, et beaucoup moins attrayante.

Tu as donc pris la direction de la Chine ensuite. Comme se passe un passage de frontière en train ?

Sur les 3 jours de trajets entre Irkoutsk et Pékin, une journée est dédié au passage de frontière entre la Russie et la Chine. On doit attendre plus de 4h à la ville frontière Russe, le temps de changer les roues du train, car l’écartement des rails russes n’est pas le même.

Ensuite vient l’heure des contrôles des papiers. Pendant ce temps là des douaniers fouillent minutieusement le train avec des chiens pour déceler l’éventuelle drogue. Une fois le train fouillé et les passeports contrôlés, le train peut enfin repartir…

Du moins jusque Manzhouli, la ville frontière chinoise à quelques centaines de mètres de là, où il faudra attendre quatre heures supplémentaires le temps de revérifier les passeports.

Vous pourrez en profiter pour changer vos roubles en yuan à ce moment et bénéficier d’un taux préférentiel. Ensuite ça ne sera plus possible.

Transmandchourien

Frontière chinoise

Tes impression sur la Chine, et Pékin en particulier puisque c’est là où tu es allé ?

Je ne sais pas si c’est dû au contraste avec les russes mais j’ai trouvé les chinois plus agréable et évidemment plus souriant. Mais je ne me suis pas arrêté ailleurs qu’à Pékin et j’y ai trouvé du bon et du moins bon. Surtout que j’ai eu l’impression de revivre ce que tu as écrit dans ton livre à propos de l’Inde. Les gens crachaient un peu partout dans la rue, dans le métro, on me regardait de haut en bas puis on me fixé dans les yeux sans arrêt.

Mais globalement j’ai trouvé les gens assez bourrins ! On n’hésite pas à s’appuyer sur toi pour aller vite, prendre la dernière place assise dans le métro. Les gens se précipitent dans la rame dès l’arrêt sans attendre qu’elle se vide. Dans les centres commerciaux on jette les mégots de cigarettes au sol, et toute sorte de déchets.

Mais malgré cela, j’ai quand même envie de découvrir d’autres régions de Chine.

Parmi les rares monuments touristiques que j’aimerais voir de mes yeux se trouve la muraille de Chine. Quel est le sentiment une fois sur place : énième usine à touristes où lieu incontournable ?

L’auberge proposait plusieurs excursions pour la muraille, j’ai choisi celle à Mu Tian Yu, car il y a beaucoup moins de touristes qu’à Badaling.

J’ai donc découvert une portion magnifique et peu fréquenté. La ville se développe un peu avec le tourisme mais j’ai eu l’impression que c’était récent. Seulement 2 bus étaient là. Par contre pour arriver à la muraille il faut gravir des « milliers » de marches et j’ai opté pour le télésiège ! La descente quant à elle s’est faite en « toboggan » mais c’est grosso modo une luge d’été. L’aménagement fait usine à touriste mais il y avait très peu de monde, c’était chouette.

Je dois bien avouer qu’une fois sur place je n’étais pas aussi impressionné que j’aurais pensé l’être. La voir pour la première fois procure une forte émotion mais cette émotion s’estompe rapidement. Au bout d’une heure elle nous paraît familière et c’est plutôt les paysages montagneux autour de la Muraille qui m’ont fasciné.

Il faut dire aussi que l’on voit tellement de photos de cette muraille que l’effet de surprise ne peut être intact.

La Grande Muraille de Chine

La Grande Muraille de Chine

Quel bilan tires-tu de ce voyage ?

C’est dur de faire UN bilan du voyage. Ce que je peux dire c’est que dans le train j’ai vraiment ressenti la sensation de ne voir qu’une petite partie des choses, que ce soit en Russie ou en Chine. Car finalement, on passe beaucoup de temps dans le train et peu à visiter une ville ou une région.

En tout cas j’aime cette sensation d’être porter par le train, le fait de savoir que quoi qu’il arrive on arrivera à destination, et que l’on a du temps devant nous. Comme on sait que l’on va arriver à destination, on savoure forcément ces moments de détente et de réflexion.

Ok, tu veux dire par là que tu n’as pas le stress de l’effort, des ravitaillements, des ennuis mécaniques ou des conditions météos difficiles auxquels nous sommes éventuellement confrontés à vélo.

On te retrouve l’année prochaine sur un vélo ?

J’en doute fortement ! Même si j’admire ceux et celles qui pratique ce type de voyage je pense que ce n’est pas fait pour moi.

Le fait d’aller où l’on veut et planter sa tente où on a envie doit procurer une sensation unique de liberté qui doit être géniale, mais pour moi le voyage rime avec zéro contrainte, et si je dois me dire : « il faut encore que je pédale pour avancer » je le vivrais comme une contrainte, car je n’aurai pas d’autre choix que d’avancer, même les jours où je n’aurai pas envie.

Peut-être que je me trompe et que le fait d’avoir fait ces efforts procure un sentiment de joie immense. Une chose est sûre, j’envisagerai à nouveau de reprendre le train pour mes futurs voyages !

Personnellement, quand je n’ai pas envie, j’ai plus facile à arrêter un vélo qu’un train !

Merci pour ta participation et bon rails alors ;)

 

Vous préparez actuellement votre premier voyage à vélo ? Ce guide extrêmement synthétisé vous permettra de faire les bons choix et de disposer des bonnes informations en un minimum de temps.

Disponible de suite au format KINDLE ou PDF.

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BS

11 CommentairesEcrire un commentaire

  • Ce billet tombe on ne peut mieux car je songe à prendre le train pour aller au Tadjikistan l’été prochain. J’y avais déjà songé, du reste, lors de mon projet avorté l’été passé, mais c’est une autre histoire.
    J’ignorais qu’il y avait un train direct Paris-Moscou. La dernière fois que j’avais cherché des infos à ce sujet, ça n’existait pas, il fallait faire des changements. C’est récent ce train ?
    Je pensais acheter mes billets ensuite à Moscou. Je ne suis pas une star du Russe, loin s’en faut, mais j’ai un peu appris pour mon séjour en Asie Centrale l’année passée donc ça devrait suffire. Sais-tu par contre s’il est nécessaire de réserver longtemps à l’avance, ce qui poserait problème si je ne fais ça qu’à Moscou. Ça n’est évidemment pas la même ligne que pour aller à Pékin mais bon, les infos sont toujours utiles.

  • Salut Laurent, merci pour ton message.

    Le train Paris-Moscou est assez récent (2007 d’après wikipédia), mais il a changé son itinéraire et sa durée de trajet de nombreuses fois. Si tu veux réserver ce trajet il te faudra passer par le site de la SNCF (vérifie bien le numéro de train : N° 453). Tu n’est pas obligé de pendre ce train à Paris car il s’arrête aussi à Strasbourg (et à Metz mais on ne peut pas y monter !). Et d’ici l’année prochaine, tout peut encore changer ^^
    Pour infos, il existe aussi un train Nice-Moscou.

    Ensuite pour les billets de train que tu voudrai prendre à Moscou je pense qu’il n’y aura pas trop de problèmes car de toute manière, on ne peut pas réserver de trajet 1 mois avant la date de départ. Le fait de ne pas réserver est en faite une pratique courante et économique. De plus, même en pleine saison il y a toujours quelques places libres (ce fût le cas dans mon wagon pour les 2 tronçons).

    En tout cas, bon courage pour la préparation du voyage ;-)

  • Un superbe récit qui fait rêver ! Surtout que j’adorerais faire un trajet dans le même esprit, mais par le trans-mongolien et avec de multiples étapes pour découvrir les régions parcourues ! Par contre, même si je rêve de faire ce voyage là en train, je suis nettement plus vélo, et peut être que je choisirais justement d’aller à Moscou par ce moyen de locomotion :)

    • Voilà qui est intéressant !
      J’aurais tendance à faire l’inverse, Moscou en train et les grands espaces à vélo.
      Tu sais qu’un Paris – Vladivostok par Moscou et le lac Baikal, c’est pas plus de quatre mois à vélo (Pékin est encore moins loin), On se retrouve vite à l’autre bout du monde, même à vélo ;)

    • C’était avec plaisir que je t’ai fait rêver ! ^^
      Je suis d’accord avec Bertrand, j’aurai plutôt pensé à voyager en vélo une fois arrivé en Russie. En tout cas renseigne-toi bien en ce qui concerne l’acceptation du vélo dans les trains.

      De Irkutsk à Tchita, des russes remplissait un compartiment entier avec des kayak et des cartons en tout genre. Ils ont pu faire cela car il y avait relativement peu de monde sur ce tronçon et moi-même j’ai d’abord été logé dans un compartiment provisoire.
      Pour les sacoches par contre pas de problème, je pense qu’il y a assez de places pour elles ;-)

  • Ca à l’air interessant en lisant, mais la Russie et la Chine en particulier ne sont pas des pays qui m’attirent. Bon il faut dire que je suis plus paysage et iles paradisiaque comme les Caraibes, etc… Donc c’est un peu normal :)

    Si je devais aller en Chine ca serait uniquement pour marcher sur la muraille :D

    • Tu trouvera des plages paradisiaques sur l’ile Hainan dans le Sud-Est de la Chine. Par contre il risque d’y avoir foule je pense ;)

  • C’est vrai que le train permet de voir les choses sous un autre angle. J’avais en quelque sorte redécouvert la Chine en 20h de train. Par contre, petite frustration d’avoir passé 1400 Km derrière une vitre alors que les montagnes étaient si belles à l’extérieur.

  • Salut Anthony,

    Merci pour ce partage et ce récit.
    A quelle période as tu fait ce périple ?